dimanche 17 janvier 2010

Une chanson de Mano Solo

La chanson c'est "Chaque matin" sur l'album "Rentrer au port", 2009. Voici le bout du texte qui m'intéresse dans une graphie et une ponctuation au plus près du livret :
DEPUIS QUE J'AI LA CHANCE CHAQUE MATIN D'OUVRIR MES YEUX SUR LES TIENS SI GRANDS QUE PLUS RIEN NE ME RETIENS QU'IL EST POSSIBLE DE S'AIMER DE VRAIMENT PARTAGER COMME CE RAYON DE LUMIERE QUI NOUS REND TOUS LES DEUX FIERS DE MARCHER COTE A COTE UNE VIE QUI SERA LA NOTRE SAINT CHRISTOPHE EST AVEC NOUS NOS CHAPEAUX DE ROUES NOUS EMPORTERONT DANS TOUTES LES SAISONS DU BONHEUR AU GRE DE TOUT CE QUE L'ON POURRA SEMER AVEC L'ENVIE DE VOULOIR FAIRE NAÎTRE LA PAIX DU COEUR DEPUIS QUE J'AI LA CHANCE CHAQUE MATIN...C'EST TOUTE UNE VIE QUE JE VIENS DE PASSER EN PRIERE A TE CHERCHER UNE VIE DE MIRAGES ET DE PORTES ENFONCEES A ÊTRE EN CAGE DANS L'ATTENTE QUE TU VIENNES A EXISTER ET TE VOILA SI SIMPLEMENT TENDREMENT... DEPUIS QUE J'AI LA CHANCE CHAQUE MATIN D'ÊTRE L'HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE DANS TOUT CE QUE JE LIS DANS TON SOURIRE...
Mano Solo vient de partir de l'autre côté du fleuve, juste au moment où je venais de découvrir son dernier disque. Il connaissait, à mon avis, la croyance qui dit que celui qui croise le regard de Saint Christophe est protégé de la mort subite toute la journée.

vendredi 15 janvier 2010

Paysage avec Saint Christophe de Jan Mostaert 1520

Cliquez pour voir les détail ! Il semble qu'on puisse voir ce tableau au Musée Mayer van den Bergh à Anvers. Ce peintre néerlandais est un des premiers à avoir peint l'Amérique (découverte par un certain Christophe) et il parait qu'il faut rapprocher son travail de celui de Patinir ou Patenier dont j'ai déjà parlé dans deux autres articles. Il y a de nombreux points commun notamment le gigantisme du saint, l'arbre sur la gauche, l'importance du paysage, la précision des personnages secondaires même s'ils restent pour moi énigmatiques.

Bénédictions à Carnin (59) et Saint Christophe et le Laris (26) en 2009

Aux hasard du web, je découvre que des bénédictions ont eu lieu en 2009
- dans la Drôme des collines à Saint Christophe-Le-Laris le dernier dimanche de juillet : motos, attelages, automobiles, tracteurs, batteuses... Dans l'Eglise paroissiale on peut admirer une fresque du 19ième et une statue en bois. Au dessus de la porte de l'Eglise est écrit : "Regarde Saint Christophe puis va-t-en rassuré". Le village de Saint Christophe a été fusionné avec celui du Laris pour en faire une commune : on peut remarquer que Le Laris est un nom d'arbre, le mélèze (larix). Jolie coïncidence !
- dans le Nord, à Carnin le 19 juillet 2009. Il y a un défilé de vélos d'enfants décorés pour faire de la couleur... Et trois prêtres pour la bénédiction.

lundi 4 janvier 2010

Le Saint Christophe de Morice Lipsi (1961-1962)

À la fin de la guerre, Morice Lipsi n'a jamais cessé d'entretenir des relations avec son protecteur et ami, l’abbé Sardin. Il exécutera pour lui, en 1961/1962, une sculpture de grande taille de saint Christophe, patron des voyageurs, à Ladiville, près de Barbezieux (Charente).
Cette oeuvre est une des rares sculptures monumentales réalisées en pierre calcaire par l’artiste, qui préférait les pierres dures comme la pierre de lave ou le granit. Il s’agit aussi de la première sculpture monumentale issue d’une commande publique qui témoigne de l’orientation définitive de Lipsi vers l’abstraction.
En pierre de Sireuil, haute de 5,50 mètres, cette sculpture est située le long de la R.N.10, à Ladiville en Charente.
On peut remarquer que pour une fois le Réprouvé porte l'enfant à bout de bras...

Un conte des frères Grimm avec 3 statues de Saint Christophe

Ce conte s'appelle "Les deux enfants royaux"
En voici un début de résumé... Avec des citations en rapport avec notre sujet. Toutes vos lumières seront les bienvenues ! Ce conte (le n°113) figure dans la nouvelle édition (Corti, 2009), des "Contes pour les enfants et la maison" collectés par les frères Grimm, édités et traduits par Natacha Rimasson-Fertin. Dans l'édition flammarion (traduction de Armel Guerne), le conte s'appelle "Prince et Princesse, enfants de roi" (tome 2 page 143)
C'est un fils de roi, dont les astres ont prédit la mort à 16 ans à cause d'un cerf. A seize ans il rencontre effectivement un cerf qu'il poursuit jusqu'à ce qu'il se transforme en un roi qui l'entraîne de l'autre côté d'un large fleuve... De l'autre côté du fleuve le jeune fils du roi doit partager la nourriture avec son hôte. Celui-ci lui ordonne de veiller une nuit auprès de chacune de ses trois filles, en commençant par l'aînée, sans jamais s'endormir et ce sous peine de mort. S'il réussi il obtiendra la main de la fille aînée. Chaque soir, le jeune fils de roi entre dans la chambre d'une des filles. Dans chacune des chambres il y a une grande statue en pierre de Saint Christophe (l'aînée a la plus petite, la deuxième une plus grande et la plus jeune une bien plus grande) , et chacune des filles demande à sa statue "quand mon père appellera c'est toi qui répondras". En guise de réponse, la statue se met alors à hocher de la tête (pendant une demi heure pour la plus grande des statues, donc la plus jeune des filles) avant de s'immobiliser. Le jeune fils du roi s'endort sur le seuil et les statues répondent toutes les heures , à sa place, au roi qui vient vérifier qu'il est éveillé... Le fils de roi réussit donc les épreuves. Le roi devrait lui offrir la main de sa cadette mais il lui imposera encore une série de trois tâches impossibles qu'il réussira grâce à celle ci. Le roi n'est toujours pas satisfait, les amoureux s'enfuient, le roi et sa femme les poursuivent sans succès (fuite magique en trois épisodes) même si, pour finir, ce sera encore à la fille du roi de reconquérir son aimé qui l'a oublié au moment où il a embrassé sa propre mère....
Les frères Grimm, qui sont la pudeur et la "moralité" même, n'auraient-il pas vu les sous entendus érotiques ? Ou du moins ont-ils fait le pari que ça ne se verrait pas... Je n'ai pas souvenir de ce motif de statue secouée dans un autre conte.
Pour ce qui est de notre "réprouvé", nous avons outre la statue (que représente-t-elle : un géant un peu sauvage, celui qui porte l'enfant ?), la mort, la traversée du fleuve, les rois, "le presqu'enfant"...

dimanche 6 septembre 2009

Chapelle et Pont Saint Christophe à Lorient

Il y a un descriptif de cette chapelle sur le site de la ville de Lorient... et comme je passais par là, je suis allée voir...
Il y a aussi un article de Daniel Faurie  encore plus complet à cette adresse, avec des dessins de l'auteur et des anecdotes... Et notamment la mention d'un pardon pour les enfants chétifs autour du 6 mai...
Quand on arrive de Lanester, et qu'on va traverser le Scorff (une rivière affluente du Blavet où la marée remonte allègrement), on la voit la chapelle, dépassant d'un fourmillement d'arbre. De près je verrai qu'il y s'agit surtout un énorme frêne... Au pied il y a le pont St Christophe, quelques petites embarcations amarrées, une voie rapide, de croquignolettes maisons du début du 20ième siècle... La photo ci dessus est prise de Lorient en direction de Lanester.
J'avais lu, quelques jours auparavant dans le Guide du Morbihan publié chez Gallimard que "... le sanctuaire du 15ième siècle aurait jadis abrité une grande statue creuse du saint où l'on cachait des marchandises de contrebande"
Dans le Guide du Routard "Bretagne Sud" de 2002-2003, il est dit carrément que la chapelle est l'ancienne maison du passeur sur le Scorff. Le raccourci temporel me donne le vertige !
De quoi mettre l'eau à la bouche, tout de même... On s'enfile donc dans une impasse (pour les voitures) et là, première surprise :Le prénom du saint est traduit en langue locale, pas si loin des Cristoly d'Aquitaine ou du Gard, d'ailleurs.
Sur la placette tranquille la chapelle est imposante et... close. La voisine dit que la chapelle n'est ouverte que pour quelques rares spectacles. Dommage ! Je devrai me contenter des description sur le site de la ville : des vitraux du 20ième siècle racontant la vie du saint.Mais ce perchoir avec vue imprenable sur la rivière à qui était-il utile ? Passeur, douanier, contrebandier, prêtre ? Si des Lorientais en savait plus...
Quelques mois plus tard (janvier 2010), je découvre sur internet l'existence d'une statue de St Christophe (en bois, oeuvre de Alphonse Brun) dans l'Eglise de la Bonne Nouvelle à Lorient. C'est dans le même quartier, la même paroisse, un peu plus loin du Scorff quand même.

dimanche 2 août 2009

A Vendôme (41)

Dans l'église abbatiale de la Trinité à Vendôme, il y a la chapelle des saints du Vendômois , dans laquelle apparaissent, l'un à côté de l'autre (vitraux de gauche): St Michel, St Jacques (habillé en pèlerin) et St Christophe. Le motif iconographique qui les rassemble est frappant : tous trois portent "un long bâton" dirigé vers le sol... Les vitraux sont du 15ième siècle.
Vendôme est sur la route de Compostelle. Il y a, à deux pas de l'abbatiale une chapelle Saint Jacques construite sur l'emplacement d'un ancien Hotel Dieu qui accueillait les pèlerins malades. Vendôme est une ville parcourue par l'eau du Loir, un petit bijou de ville qui me fait penser à un livre d'images... La promenade en barque y est rafraichissante.

A vendre...

A Saint Denis (93) où sont enterrés les rois de France, je n'ai pas trouvé (mais peut-être y est-il ?) de représentation de Saint Christophe ailleurs que dans la vitrine de la marchande de souvenirs pieux. Il y était même en double exemplaire, en compagnie de ce que j'imagine être Sainte Anne et Saint Joseph (eux aussi accompagnés d'enfants) et du Jésus qui montre son sacré coeur (le patron des cardiologues ?)
Celui que porte Christophe porte, lui, le monde. Le prix semblait être de 20 euros.

mardi 30 juin 2009

Charon traverse le Styx, une peinture du 16ième siècle

Charon, fils des Ténèbres et de la Nuit, vieillard à l'aspect sale et repoussant, "le nocher des enfers" choisit les morts qu'il veut y emporter... Ceux qui ne sont pas choisis ou qui n'ont pas leur obole (une pièce placée sous la langue) sont condamnés à errer 100 ans sur les bords du Styx.
Ce qui me frappe sur ce tableau, c'est la ressemblance avec les Saint Christophe du même peintre : Joachim Patenier (16ième siècle) et notamment celui dont j'ai déjà parlé en juin 08. Certes, il a peint beaucoup de paysages avec fleuves mais...... on peut remarquer que Charon est aussi représenté comme un géant et que si Christophe traverse toujours avec l'enfant de droite à gauche, Charon traverse les morts en sens inverse... Et, en arrière plan, ces barques qui semblent contenir des cadavres dans le "St Christophe" n'attendent-elles pas que le passeur les emmènent ?
Quoiqu'il en soit on pourrait se demander aussi, si l'enfant, lui, ne vient pas de l'enfer. Et si ma divagation de ce soir vous parait fumeuse, considérez que ce n'est qu'une histoire de plus...

La barque de Saint Julien le pauvre de Georges Jeanclos


Georges Jeanclos (1933-1997) a créé ce qu'il appelait "des dormants" en argile. Tapez son nom dans un moteur de recherche et vous en verrez d'autres...

samedi 27 juin 2009

Les planches courbes, poème en prose de Yves Bonnefoy

Ce poème écrit en 1998 donne son nom au recueil éponyme paru en 2001 chez Gallimard. Ces quatre pages sont au programme des lycées, et ont donc été abondamment commentées.
Non, vous n'aurez pas l'intégrale du texte en ligne mais franchement on peut trouver le livre très facilement et pour pas cher...
Mais oui, voici ce qu'il me semble raconter :
Un géant est debout dans une barque au bord d'un fleuve la nuit. Un enfant apparaît porteur d'une pièce de cuivre, l'enfant veut traverser la rivière. Le géant lui demande son nom. L'enfant ne sait pas répondre. Il ne sait pas non plus ce qu'est un père ou une mère. Le géant vient le chercher sur la rive et le porte dans sa barque. Il pousse la barque au large. L'enfant demande au géant d'être son père. Le géant refuse et la barque commence à s'enfoncer dans l'eau, le géant toujours tenant l'enfant se met à nager "dans un espace sans fin", ce que j'interprète comme la mort ou en tout cas un autre monde...
En ce qui concerne le récit, le lien avec notre sujet (St Christophe) est clair même si certains enchaînements sont inversés : le passeur questionne l'enfant avant de l'embarquer, le passeur est un géant, le passeur porte l'enfant sur ses épaules, l'eau monte et met leur vie en jeu...
Mais après relecture de "La légende de Saint Julien l'hospitalier" de Flaubert, et de St Julien le pauvre de Jacques de Voragine, la parenté avec Julien devient évidente, elle aussi, notamment en ce qui concerne la barque et la boue. Si c'est une personne adulte que Julien aide, c'est aussi une personne qui a toutes les apparences de la faiblesse. Et le voyage se termine également par ce qui me semble une mort extatique.
La présence de Charon, le passeur des morts, est sous-jacente dans la pièce de cuivre que l'enfant a apporté pour payer son voyage.
Dans les autres poèmes du recueil, dont les sujets sont, à première vue, différents, les micros motifs que l'ont peut rattacher à ces deux légendes hagiographiques et au conte de Flaubert sont extrêmement nombreux : le fleuve, la boue, la barque, le creux de la barque, la courbe des planches, le rivage, la lampe qui guide, la pauvreté du passeur, la nuit, les corps qui se touchent, il y a même un lépreux...
Et aussi cette belle image dans "Le leurre des mots" :
A la poupe est le nautonier plus grand que le monde...
L'auteur d'un blog (Noël Pecout ?) m'a envoyé l'adresse d'un article sur ce poème . L'intitulé de l'article est assez joli : "Fleuves de boue, fleuve d'étoiles, barque et vieux haillons. Rêverie sur un sujet légendaire, souvent traité par la peinture et la sculpture, la légende de Saint Christophe..."
Un autre article peut aussi se lire en ligne mais si vous cherchez Yves Bonnefoy ou "Les planches courbes", sur un moteur de recherche vous trouverez peut-être même la vidéo où le poète parle de son travail (je n'ai pas réussi à la visualiser)
Yves Bonnefoy est un auteur bien vivant, que je remercie d'avoir remis au jour (inventé) ces trésors légendaires qui, décidément collent au corps et à la littérature.

vendredi 26 juin 2009

Deux contes Gascons où l'on porte Saint Pierre de l'autre côté de l'eau

Dans les Contes populaires de la Gascogne (Jean François Bladé), ou dans Les contes du Vieux Cazaux (même auteur, Féderop 1995) on peut trouver le motif du passeur dont le fardeau est trop lourd. Les contes de Bladé ont été publié en 1886. En ce qui concerne le motif qui nous intéresse pour sa proximité avec la légende de Saint Christophe, il s'agit d'un des épisodes du long conte, intitulé "L'épée de Saint Pierre" où le héros, fils de roi part à la recherche de l'épée de Saint Pierre pour tuer le roi païen qui a épousé sa mère. Sur sa route il croise un pivert, puis sept lézards à qui il rend service ...
... Enfin la nuit de Noël arriva. Il glaçait, et la lune brillait sur la campagne blanche de neige. Le fils du roi se disait : "le temps marqué par les sept lézards est venu. Marche, marche toujours, jusqu'à ce que tu saches où trouver l'épée de Saint Pierre." À minuit il s’arrêta tout proche d’une rivière. Au bord de l’eau grelottait un vieux pauvre à barbe grise. “Bonsoir, pauvre. Mauvais temps pour voyager. Tu grelottes. Tiens : bois un coup, à ma gourde, cela te réchauffera.”
Le vieux pauvre but un coup à la gourde, et ne grelotta plus. “Merci mon ami. Maintenant porte-moi de l’autre côté de l’eau. – Avec plaisir, pauvre. Monte sur mon dos et tiens-toi ferme. Jésus ! Tu ne pèses pas plus qu’une plume. – Patience, je pèserai davantage au milieu de l’eau. – C’est vrai. Jésus ! Tu m’écrases ! – Patience, sur l’autre bord je ne pèserai pas plus qu’une plume. – C’est vrai. Tiens, pauvre, te voilà passé. Bois encore un coup à ma gourde et que le bon Dieu te conduise !
– Jeune homme, je ne suis pas un pauvre, je suis saint Pierre. Jeune homme, tu m’as fait un grand service. Je te paierai selon mon pouvoir…”
La saison à laquelle se passe cet épisode me fait penser à la légende du Roi Hérode qui traverse l'Ain par une nuit glaciale de janvier, celle de l'Epiphanie.

Dans un autre conte recueilli également par Jean François Bladé en Gascogne, la belle Madeleine rencontre trois vieux pauvres au bord d’une rivière, elle les passe sur son dos. Puis les trois vieux pauvres se trouvent être saint Jean, saint Pierre et le bon Dieu. Ils promettent à la belle Madeleine de récompenser sa charité.

Saint Julien L'Hospitalier, un conte de Flaubert

Extraits de la fin du conte tel qu'il a été écrit, dit Flaubert, d'après le vitrail de la Cathédrale de Rouen mais s'il vous plait allez le lire intégralement par exemple sur le site rouen-histoire.com. On peut également faire des rapprochements avec la légende du Roi Hérode qui traverse l'Ain, publiée en 1854.
Le conte de Flaubert a, lui, été écrit en 1876 et publié en 1877. Et Yves Bonnefoy, pour "Les planches courbes" (1998) s'est sans doute (?) inspiré de Flaubert.

... Ainsi, portant le poids de son souvenir, il (Julien) parcourut beaucoup de pays ; et il arriva près d'un fleuve dont la traversée était dangereuse, à cause de sa violence et parce qu'il y avait sur les rives une grande étendue de vase. Personne depuis longtemps n'osait plus le passer.
Une vieille barque, enfouie à l'arrière, dressait sa proue dans les roseaux. Julien en l'examinant découvrit une paire d'avirons; et l'idée lui vint d'employer son existence au service des autres... il se fit une cahute avec de la terre glaise et des troncs d'arbres.
Le passage étant connu, les voyageurs se présentèrent. Ils l'appelaient de l'autre bord, en agitant des drapeaux...
Une petite table, un escabeau, un lit de feuilles mortes et trois coupes d'argile, voilà tout ce qu'était son mobilier...
Des mois s'écoulaient sans que Julien vît personne...
Une nuit qu'il dormait, il crut entendre quelqu'un l'appeler. Il tendit l'oreille et ne distingua que le mugissement des flots.
Mais la même voix reprit :
« Julien ! »
Elle venait de l'autre bord, ce qui lui parut extraordinaire, vu la largeur du fleuve.
Une troisième fois on appela :
« Julien! »
Et cette voix haute avait l'intonation d'une cloche d'église.
Ayant allumé sa lanterne, il sortit de la cahute. Un ouragan furieux emplissait la nuit. Les ténèbres étaient profondes, et çà et là déchirées par la blancheur des vagues qui bondissaient.Après une minute d'hésitation, Julien dénoua l'amarre. L'eau, tout de suite, devint tranquille, la barque glissa dessus et toucha l'autre berge, où un homme attendait.
Il était enveloppé d'une toile en lambeaux, la figure pareille à un masque de plâtre et les deux yeux plus rouges que des charbons. En approchant de lui la lanterne, Julien s'aperçut qu'une lèpre hideuse le recouvrait; cependant, il avait dans son attitude comme une majesté de roi.
Dès qu'il entra dans la barque, elle enfonça prodigieusement, écrasée par son poids; une secousse la remonta; et julien se mit à ramer.A chaque coup d'aviron, le ressac des flots la soulevait par l'avant. L'eau, plus noire que de l'encre, courait avec furie des deux côtés du bordage. Elle creusait des abîmes, elle faisait des montagnes, et la chaloupe sautait dessus, puis redescendait dans des profondeurs où elle tournoyait, ballottée par le vent.
Julien penchait son corps, dépliait les bras, et, s'arc-boutant des pieds, se renversait avec une torsion de la taille, pour avoir plus de force. La grêle cinglait ses mains, la pluie coulait dans son dos, la violence de l'air l'étouffait, il s'arrêta. Alors le bateau fut emporté à la dérive. Mais, comprenant qu'il s'agissait d'une chose considérable, d'un ordre auquel il ne fallait pas désobéir, il reprit ses avirons; et le claquement des tolets coupait la clameur de la tempête.
La petite lanterne brûlait devant lui. Des oiseaux, en voletant, la cachaient par intervalles. Mais toujours il apercevait les prunelles
du Lépreux qui se tenait debout à l'arrière, immobile comme une colonne.
Et cela dura longtemps, très longtemps !
Quand ils furent arrivés dans la cahute, Julien ferma la porte; et il le vit siégeant sur l'escabeau. L'espèce de linceul qui le recouvrait était tombé jusqu'à ses hanches; et ses épaules, sa poitrine, ses bras maigres disparaissaient sous des plaques de pustules écailleuses. Des rides énormes labouraient son front. Tel qu'un squelette, il avait un trou à la place du nez; et ses lèvres bleuâtres dégageaient une haleine épaisse comme un brouillard, et nauséabonde.
- « J'ai faim! » dit-il.
Julien lui donna ce qu'il possédait, un vieux quartier de lard et les croûtes d'un pain noir.
Quand il les eut dévorés, la table, l'écuelle et le manche du couteau portaient les mêmes taches que l'on voyait sur son corps.
Ensuite, il dit : « J'ai soif! »
Julien alla chercher sa cruche; et, comme il la prenait, il en sortit un arôme qui dilata son cœur et ses narines. C'était du vin; quelle trouvaille! mais le Lépreux avança le bras, et d'un trait vida toute la cruche.
Puis il dit : « J'ai froid! »
Julien, avec sa chandelle, enflamma un paquet de fougères, au milieu de la cabane.
Le Lépreux vint s'y chauffer; et, accroupi sur les talons, il tremblait de tous ses membres, s'affaiblissait; ses yeux ne brillaient plus, ses ulcères coulaient, et d'une voix presque éteinte, il murmura : « Ton lit! »
Julien l'aida doucement à s'y traîner, et même étendit sur lui, pour le couvrir, la toile de son bateau.
Le Lépreux gémissait. Les coins de sa bouche découvraient ses dents, un râle accéléré lui secouait la poitrine, et son ventre, à chacune de ses aspirations, se creusait jusqu'aux vertèbres. Puis il ferma les paupières.
- « C'est comme de la glace dans mes os! Viens près de moi ! »
Et Julien, écartant la toile, se coucha sur les feuilles mortes, près de lui, côte à côte.
Le Lépreux tourna la tête.
- « Déshabille-toi, pour que j'aie la chaleur de ton corps!»
Julien ôta ses vêtements ; puis, nu comme au jour de sa naissance, se replaça dans le lit; et il sentait contre sa cuisse la peau du Lépreux, plus froide qu'un serpent et rude comme une lime.
Il tâchait de l'encourager; et l'autre répondait, en haletant
« Ah! je vais mourir!... Rapproche-toi, réchauffe-moi! Pas avec les mains! non ! toute ta personne. »
Julien s'étala dessus complètement, bouche contre bouche, poitrine sur poitrine.
Alors le Lépreux l'étreignit ; et ses yeux tout à coup prirent une clarté d'étoiles ; ses cheveux s'allongèrent comme les rais du soleil; le souffle de ses narines avait la douceur des roses; un nuage d'encens s'éleva du foyer, les flots chantaient. Cependant une abondance de délices, une joie surhumaine descendait comme une inondation dans l'âme de Julien pâmé; et celui dont les bras le serraient toujours grandissait, grandissait, touchant de sa tête et de ses pieds les deux murs de la cabane. Le toit s'envola, le firmament se déployait; - et Julien monta vers les espaces bleus, face à face avec Notre-Seigneur Jésus, qui l'emportait dans le ciel.
Et voilà l'histoire de saint Julien l'Hospitalier, telle à peu près qu'on la trouve, sur un vitrail d'Église, dans mon pays.

Légende de St Julien le Pauvre, Jacques de Voragine

St Julien le Pauvre était aussi un passeur... C'est comme ça qu'il a sauvé son âme... Cet épisode de sa vie est très proche de la légende de Saint Christophe. La légende de Saint Julien dit "l'hospitalier" a inspiré un vitrail très connu de la Cathédrale de Rouen mais aussi Flaubert et sans doute aussi Yves Bonnefoy.... mais ce sera l'objet d'autres articles. On ne peut pas, non plus, ne pas faire le lien avec la légende de Cafi le Pontonnier"l

Voici donc la légende ,d'après Jacques de Voragine, 13ième siècle, du quatrième des cinq Saint Julien , connu sous le nom de Julien le Pauvre et fêté le 12 Février :
On trouve encore un autre Julien qui tua son père et sa mère sans le savoir. Un jour, ce jeune noble prenait le plaisir de la chasse et poursuivait un cerf qu'il avait fait lever, quand tout à coup le cerf se tourna vers lui miraculeusement et lui dit : " Tu me poursuis, toi qui tueras ton père et ta mère ? " Quand Julien eut entendu cela, il fut étrangement saisi, et dans la crainte que tel malheur prédit par le cerf lui arrivât, il s'en alla sans prévenir personne, et se retira dans un pays fort éloigné, où il se mit au service d'un prince; il se comporta si honorablement partout, à la guerre, comme à la cour, que le prince le fit son lieutenant et le maria à une châtelaine veuve, en lui donnant un château pour dot. Cependant, les parents de Julien, tourmentés de la perte de leur fils, se mirent à sa recherche en parcourant avec soin les lieux où ils avaient l'espoir de le trouver. Enfin ils arrivèrent au château dont Julien, était le seigneur : Pour lors saint julien se trouvait absent. Quand sa femme les vit et leur eut demandé qui ils étaient, et qu'ils eurent raconté tout ce qui était arrivé à leur fils, elle reconnut que c'était le père et la mère de son époux, parce qu'elle l'avait entendu souvent lui raconter son histoire. Elle les reçut donc avec bonté, et pour l'amour de son mari, elle leur donne son lit et prend pour elle une autre chambre. Le matin arrivé, la châtelaine alla à l'église; pendant ce temps, arriva Julien qui entra dans sa chambre à coucher comme pour éveiller sa femme; mais trouvant deux personnes endormies, il suppose que c'est sa femme avec un adultère, tire son épée sans faire de bruit et les tue l'un et l'autre ensemble. En sortant de chez soi, il voit son épouse revenir de l'église; plein de surprise, il lui demande qui sont ceux qui étaient couchés dans son lit : " Ce sont, répond-elle, votre père et votre mère qui vous ont cherché bien longtemps et que j'ai fait mettre en votre chambre. " En entendant cela, il resta à demi mort, se mit à verser des larmes très amères et à dire : " Ah! malheureux! Que ferais-je ? J'ai tué mes bien-aimés parents. La voici accomplie, cette parole du cerf; en voulant éviter le plus affreux des malheurs, je l'ai accompli. Adieu donc, ma chère sueur, je ne me reposerai désormais que je n'aie su que Dieu a accepté ma pénitence. " Elle répondit : " Il ne sera pas dit, très cher frère, que je te quitterai; mais si j'ai partagé tes plaisirs, je partagerai aussi ta douleur. " Alors, ils se retirèrent tous les deux sur les bords d'un grand fleuve, où plusieurs perdaient la vie, ils y établirent un grand hôpital où ils pourraient faire pénitence; sans cesse occupés à faire passer la rivière à ceux qui se présentaient, et à recevoir tous les pauvres. Longtemps après, vers minuit, pendant que julien se reposait de ses fatigues et qu'il y avait grande gelée, il entendit une voix qui se lamentait pitoyablement et priait julien d'une façon lugubre, de le vouloir passer. A peine l'eut-il entendu qu'il se leva de suite, et il ramena dans sa maison un homme qu'il avait trouvé mourant de froid; il alluma le feu et s'efforça de le réchauffer, comme il ne pouvait réussir, dans la crainte qu'il ne vînt à mourir, il le porta dans son petit lit et le couvrit soigneusement. Quelques instants après, celui qui paraissait si malade et comme couvert de lèpre se lève blanc comme neige vers le ciel, et dit à son hôte : " Julien, le Seigneur m'a envoyé pour vous avertir qu'il a accepté votre pénitence et que dans peu de temps tous deux vous reposerez dans le Seigneur. " Alors il disparut, et peu de temps après Julien mourut dans le Seigneur avec sa femme, plein de bonnes oeuvres et d'aumônes.
Traduction J.-B. M. Roze
GARNIER-FLAMARION, Paris, 1967.
Les estampes datent du 18 et 19ième siècle

Une traduction de la légende de St Christophe par frère Jehan du Vignay, 1554

Voici un extrait savoureux de la traduction de frère Jehan du Vignay, publiée en 1554.
« L’hermite dit à Christofle : “Sçais-tu tel fleuve ? ” Et Christofle lui dist : “Moult de gens y passent qui y périssent.” Et l’hermite lui dit : “Tu es de noble stature et fort vertueux ; se tu demouroys delez ce fleuve et y passoys tous les gens, ce seroit moult aggreable chose à Dieu. Et i’ay esperance à celluy que tu convoites servir qu’il s’apparoistra à toy ” Et Christofle lui dit : “Certes ce service puis-ie bien faire, et si te promets que ie le feray.”
Adonc s’en alla Christofle à ce fleuve et feit là un habitacle pour luy ; et portoit une grande perche en lieu de baston et s’apuyoit en l’eaue d’icelle, et portoit oultre toutes gens sans cesser et là fut plusieurs iours.
Et si comme il se dormoit en sa maisonnette, il ouït la voix d’un enfant qui l’appeloit et disoit : “Christofle, viens hors, et me porte oultre.”
Et lors s’esveilla, et il yssit hors, mais ne trouva âme. Et quand il fut en la maison, il ouyt arriere une mesme voix et courut hors et ne trouva nul. Tiercement il fut appelé et vint là ; si trouva un enfant delez la rive du fleuve qui luy pria doulcement qu’il le portast outre l’eaue. Et lors Christofle leva l’enfant sur ses espaules et print son baston et entra au fleuve pour le passer oultre ; et l’eaue s’enfla petit à petit, et l’enfant pesoit griefvement comme plomb. Et tant comme il alloit plus avant, de tant croissait plus l’eaue et l’enfant pesoit de plus en plus sur ses espaules, si que Christofle avoit moult grans angoisses, et se doubtoit fort de noyer. Et quant il fut eschappé à grand-peine et il fut passé oultre, il mit l’enfant sur la rive et lui dist : “Enfant, tu m’as mis en grant péril et pesois tant que j’eusse eu tout le monde sur moy, ie ne sentisse à peine greigneur faix.”
Et l’enfant respondit : “Christofle, ne te esmerveille pas : car tu n’as pas seulement eu tout le monde sur toy - mais celuy qui créa tout le monde tu as porté sur tes espaules. Je suis Christ ton roy à qui tu sers en ceste œuvre. Et affin que tu saches que ie dis vray, quand tu seras passé, fische ton baston en terre delez la maisonnette, et tu verra demain qu’il portera fleurs et fruictz.”
Et tantost il se esvanouit de ses yeulx.
Lors Christofle alla et fischa son baston en terre, et quand il se leva au matin, il le trouva ainsi comme un palmier, portant fueilles et fruictz. »

samedi 16 mai 2009

Leçon de politique au temps des Doges de Venise

Tiziano Vecellio (1490 - 1576), San Cristoforo (1523 - 1524), Affresco, Venezia, Palazzo Ducale, Sala dei Filosofi
Realizzata per ordine del doge Andrea Gritti appena eletto, e quindi probabilmente nel 1524, l’opera fu eseguita in sole tre giornate di lavoro, con un segno rapido ed inciso sull’intonaco ancora fresco, visibile in corrispondenza di tutta la costruzione della figura. La vigorosa muscolatura fa pensare a Michelangelo ed alla statuaria classica ai cui modelli Tiziano, in questi anni, era particolarmente sensibile. Del tutto originale è la scelta del pittore di far attraversare al suo santo non un fiume, secondo la tradizione, ma la laguna di Venezia, riconoscibile dalla presenza - sullo sfondo - del campanile, del Palazzo Ducale e delle cupole della Basilica, mentre a sinistra si scorgono i monti. Il cielo è solcato da nubi tempestose sulle quali si staglia il nobilissimo volto del santo vestito di pochi colori, rosso cupo, verde pastello, bianco latte, mentre porta sulle spalle un Gesù Bambino descritto con tenero realismo. Perché San Cristoforo proprio qui?È certo uno dei santi ausiliatori, che s’invocavano per particolari necessità; ma un’altra spiegazione è possibile: Cristoforo è un convertito che ha saputo mutar senso alla propria vita. La sua effigie sopra una porta - la soglia - potrebbe allora esprimere la volontà di superare lo stacco tra vita privata e funzioni pubbliche del Doge.
Pour ceux qui lisent mal l’italien : cette fresque a été réalisée pour un Doge de Venise au moment de son accession au pouvoir. Le saint est représenté traversant la lagune de Venise : on reconnait au loin le campanile du Palais Ducal et la coupole de la Basilique… Quand à la fin de la notice la voici traduite intégralement
« Il est certainement l'un des saints auxiliaires auxquels on fait appel en cas de besoin particulier, mais une autre explication est envisageable : Cristoforo est un converti qui a su changer le sens de sa propre vie. Son effigie au dessus de la porte - le seuil - pourrait alors exprimer le désir de d'aller au-delà / d'enjamber la séparation entre la vie privée et les fonctions publiques du Doge. »

Merci à Isabelle pour l’image et la notice et à Sarah pour la traduction.

jeudi 7 mai 2009

Clin d'oeil à ceux qui ont... presque tout lu !

La coquille signifie qu'on est sur le chemin de St Jacques de Compostelle, les traits blanc et rouge sur le chemin de Grande Randonnée (n°68), le chien tenu en laisse, lui, me fait penser que l'église la plus proche (celle du Pin en Isère) est dédiée à Saint Christophe : ce panneau contient bien plus d'informations que ce qu'il n'en a l'air...

mercredi 29 avril 2009

Eglise St Christophe au Pin (38)

La commune est riveraine du Lac de Paladru. Le Pin est aussi situé sur le chemin de pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle (de Genève au Puy en Velay) par le sentier GR® 65. Il y avait sur ce territoire une Chartreuse, celle de la Sylve Bénite, détruite à la Révolution. Pas de grosse rivière en vue, seulement ce qui semble des ruisselets mais certains petits ruisseaux peuvent faire de gros dégâts. Sur le support du panneau, on peut voir le symbole de la coquille (cliquer pour agrandir) qui veut dire qu'on est bien sur le chemin de St Jacques Par ailleurs, les habitants du hameau d'Ars en bordure du Lac de Paladru ont eu à subir, à la fin du 12ième siècle, de capricieuses variations du niveau du lac, les amenant à déplacer une partie des habitations, et un incendie accidentel (ou criminel) détruisant le village et l'église Sainte Anne à un moment où la Chartreuse toute proche était en pleine expansion. Il en serait né une légende, celle de la Ville d'Ars, engloutie pour avoir refusé la charité à un mendiant. Ces informations, que j'ai résumées de façon peut-être maladroite, je les ai trouvées dans le livre "Les légendes de Paladru, parmi les récits de catastrophe du Dauphiné et de la Savoie", de Christian Abry, Alice Joisten, Michel Colardelle et Eric Verdel , livre si documenté qu'il paraît en être inépuisable, ainsi que dans la brochure "Les Mystères de la Silve Bénite" édité par la Maison de Pays des Trois Vals et du Lac de Paladru.
Quel rapport avec le Réprouvé ? Bien sûr il y a les dangers de l'eau, le chemin de Compostelle mais il serait intéressant de savoir aussi depuis quand l'église du Pin est dédiée à St Christophe, depuis le 18ième ? Avant ? Il me se semble que cet article n'est pas clos !
Le clocher de l'église qui est relativement éloignée du lac, est orné de deux cadrans solaires du 19ième qui ont été restaurés récemment. L'intérieur de l'église du 18ième siècle est très sobre, le choeur est orné de quelques vitraux représentant des saints, dont celui de St Christophe.Y avait-il St Jacques ? Il faut que j'y retourne...
Le culte de Saint Christophe semble... discret. Certains habitants ignorent que l'église lui est dédiée.

mardi 21 avril 2009

Images de St Christophe dans les Grisons, en Haut Adige, dans le Vorarlberg et le Piémont

Les images abîmées entre iconoclasme, pratiques religieuses et rituels «magiques» de Simona Boscani Leoni, c'est un article à lire en ligne, intégralement en ... cliquant sur son titre...
En lisant cette article j'ai pu lister un certains nombre de lieux où St Christophe est présent sur les peintures murales. De quoi me donner envie de voyager par là bas ! A trans-frontières, d'un bord à l'autre d'un grand bout des Alpes que je ne connais pas encore.
Notre saint était vénéré dans cette région, notamment tout au long des grandes voies de communication transalpines. Il est invoqué contre la mort subite et comme protecteur par rapport à la peste. Même si la liste ci dessous n'est pas exhaustive, ce qui est remarquable c'est la prédominance de cette figure dans les "images abîmées", prédominance qui peut s'expliquer de plusieurs façons : c'est le saint le plus fréquent, c'est celui qu'on préfère, c'est celui dont les images ont survécu, etc. etc.
Pour les lieux il y a donc :
Dans les Grisons (Canton Suisse), San Martino de Boudo (Val Bregaglia) et image ci dessous, Waltensburg/Vuorz, Santa Maria del Castello (Mesocco) et Soazza (Val Mesolcina)En Trentin Haut-Adige (Région Italienne) : Agund-Plars (Eglise St Ulrich), Tartsch et St Aegidius de Kortsch...
En Vorarlberg (Région Autrichienne) : St Vinerius de Nüziders
Dans le Piémont (Italie),près de Vercelli : Quarona (église San Giovanni al Monte)
Pour ce voyage, si j'ai tout compris, il me faudra parler italien, romanche, piémontais, allemand... et je dois en oublier.
Voici l'introduction et la conclusion de l'article qui vont me faire regarder autrement ces images dont l'usure ne provient pas que de l'âge ou d'un vandalisme "gratuit" :
"Les décors peints qui ornent les murs des sanctuaires sont des présences « vivantes » ayant une relation intense et complexe avec les rituels mis en scène dans l'église, ainsi qu'avec les fidèles qui sont les spectateurs interactifs de ces rituels. Les peintures murales deviennent ainsi un medium privilégié entre l'Ici-bas et l'Au-delà pouvant protéger les croyants et matérialiser le sacré. Toutes ces qualités expliquent l'intérêt des hommes envers elles, leurs attitudes d'adoration ou de négation vis-à-vis de la puissance sacrée de l'image...
Dans ces lignes, nous avons mis en évidence trois comportements ayant produit des images abîmées : l'attitude destructrice liée à la censure de la Réforme et de la Contre-réforme, la pratique des égratignures, et enfin la manipulation de l'image à travers le repeint. L'« amour » des fidèles pour l'image s'est exprimé selon des pratiques différentes. Ecrire son propre nom, la date de visite de l'église ou des prières sur les peintures murales était un phénomène répandu qui atteste le besoin de la part des croyants de s'approprier matériellement quelque chose de l'image et de sa force. Les repeints et l'intégration des peintures dans des ensembles plus récents montrent l'intérêt des commanditaires et plus généralement des communautés de fidèles à l'égard de leur paroisse, ainsi qu'une attitude de respect vis-à-vis des « images efficaces »... L'étude des peintures abîmées permet donc d'aborder le problème du rapport homme/image selon une perspective originale et de mettre ainsi en évidence l'importance et la complexité de l'impact des arts visuels dans les sociétés chrétiennes occidentales durant de longs siècles."

Mystères de St Christophe

Il y a un article très érudit à lire en ligne si vous voulez en savoir plus... C'est le texte d'un article de 1973, actuellement indisponible sur papier de G. A. Runnalls. La saisie et la mise en page ont été assurées à l'Université de Rennes par Christophe (!) Chériaux.
Voici une partie de l'introduction :
"Il existe aujourd'hui deux pièces de théâtre médiévales qui ont pour sujet la vie et le martyre de Saint Christophe. La version la plus connue est celle d'Antoine Chevalet, représentée en 1527 à Grenoble, et imprimée, également à Grenoble, en 1530 ( voir XXIV1 , II 599-605 XXII; III 1-26). Il s'agit d'un long mystère de presque 20000 vers, divisés en quatre journées. En voici le titre: «S'ensuyt la Vie de Sainct Christofle élégament composée en rime françoise, & par personnaiges, par Maistre Chevalet, jadis souverain Maistre en telle compositure, nouvellement imprimée.... Icy finist le Mystère du glorieux Sainct Christofle, composé par personnaiges, & imprimé à Grenoble le vingt-huict de Janvier, l'an comptant à la Nativité de Nostre-Seigneur, mil cinq cens trente, aux dépens de Maistre Anemond Amalberti, Citoyen de Grenoble.»
L'autre version de la vie de Saint Christophe, qui consiste en un traitement très différent du même thème, est plus courte, et moins bien connue; en effet, elle passa presque inaperçue jusqu'en 1880, lorsque Petit de Julleville (XXIV, II 491-3) en fit mention pour la première fois.... C'est cette deuxième version, anonyme, qui nous intéresse, et dont nous publions ici la première édition moderne... Voici l'Incipit et l'Explicit de Yf 1606: «S'ensuit le mistere du Tresglorieux martir Monsieur sainct christofle Par personnages Nouvellement (VI) imprime a Paris Et est a xxxiiij personnages Dont les nomps s'ensuivent cy apres.... Cy finist le mistere de sainct cristofle nouvellement imprime a Paris par la veufve feu Jehan trepperel Jehan Jehonnot Libraire & imprimeur Jure en l'universite de Paris demourant en la Rue neufve Nostre dame a L'enseigne de l'escu de France.» Ce document fut publié entre 1512 et 1517"
Pour vous donner l'eau à la bouche, suite à une enquête quasi policière, les auteurs en sont venus à penser que le mystère imprimé à Paris, mais sans doute composé, un peu plus tôt, au siècle précédent, l'a été par un imprimeur qui habitait la paroisse de St Christophe, dont l'église, maintenant détruite faisait face à Notre Dame.
Il y a dans cette article un historique des différentes versions de la légende qui en vient à la conclusion que la légende du Réprouvé, telle que je la raconte à la "suite" de Jacques de Voragine, et telle qu'elle apparaît dans les mystères est assez récente.
Pour ce qui est du mystère imprimé et joué à Grenoble, nous aurons sans doute l'occasion d'en reparler puisqu'il a aussi été traduit et joué dans l'Eglise de St Chef (38) en 2002. On peut juste faire remarquer que Grenoble, au confluent du Drac et de l'Isère (le serpent et le dragon, comme le disent les Grenoblois) était régulièrement dévastée par les inondations.

jeudi 9 avril 2009

Auris en Oisans (38), un oratoire dans un lieu remarquable

Auris est une commune de montagne où il n'y a pas de bourg mais neuf hameaux et autant de chapelles et aussi une station de ski. L'accès depuis la vallée a toujours été difficile... Les hameaux sont en bordure de falaises pour ne pas trop empiéter sur les terres cultivables. Sans y être jamais allée je connaissais la réputation du chemin surnommé "La Cheminée" qui monte dans la falaise depuis la Romanche (le torrent). Je savais aussi qu'au pied de ce chemin, la traversée de la Romanche se fait par un pont dit "romain", même s'il n'est peut-être que médiéval... Et voici que je découvre que la chapelle qui est au départ de "l'Echelle", au hameau de la Balme d'Auris est dédiée à Saint Christophe... Et qu'on appelle parfois le pont, le Pont du Diable.
La promenade s'imposait ! Voici donc le haut de la Cheminée depuis le hameau de la Balme avec sur le promontoire l'oratoire. La première photo de cet article a été prise, elle, depuis l'oratoire... C'est vertigineux et pourtant c'est bien là que le chemin commence sa dégringolade fort appréciée par les vététistes... à ce qu'il paraît!Le saint est représenté sans l'enfant... Ce que je n'ai vu pour l'instant qu'à St Jacques St Christophe de Crimée. La peinture date de 2006. Le peintre, Pierre Ren, habite à la Balme et semble avoir choisi de représenter le prêcheur (?) avec l'alpha et l'omega ? J'aime les pierres et les bougies devant le tableau.Vous pouvez cliquez pour agrandir "le panneau pour les touristes" fort instructif et bien fait !Après ça je suis retournée sur l'autre versant : on distingue l'oratoire (gris sur la "pointe" de roche, le cube blanc, plus à droite, c'est le réservoir d'eau) à droite des chalets sur la falaise et l'Echelle qui descend en zig-zag sur sa gauche. 500 mètres de dénivelés, plein Sud, jusqu'à la Romanche. Un itinéraire peut-être impressionnant mais pas plus dangereux qu'un autre...

dimanche 11 janvier 2009

Chapelle St Christophe à Vaulnaveys le Haut (38)

Hélas détruite, c'est la plus ancienne chapelle du village. Voici ce qu'en dit un article du bulletin municipal n°61 (janvier 2009): L'article a été rédigé grâce aux documents de Monsieur Serpollet mis à disposition par sa fille. Si quelqu'un connait l'emplacement de cette chapelle, je fais le déplacement dans la semaine !
Par ailleurs, j'ai trouvé dans "Patrimoine en Isère, Pays de Vizille", publié par la Conservation du Patrimoine en Isère en 1994, non seulement mention de cette chapelle (sur leurs cartes, elle serait plutôt sur la commune de Vaulnaveys le Bas...)mais aussi quelques informations complémentaires.
Préalablement, à l'époque gallo-romaine, il y est signalé que la plupart des auteurs estiment que la grande voie Grenoble-Briançon, semble correspondre à celui de la Route Napoléon actuelle lorsqu'elle traverse Eybens (paroisse Saint Christophe), Herbeys, Brié-Angonnes. L'existence de voies secondaires sur le commune de Vaulnaveys paraît probable (de Vizille aux thermes gallo-romains d'Uriage, et de Vaulnaveys à Brié)
En ce qui concerne le Haut Moyen-Âge, Michel et Renée Colardelle y écrivent :
"Les couvercles de sarcophages de Vaulnaveys appartiennent incontestablement à l'époque mérovingienne pour l'un, carolingienne pour l'autre avec leurs décors chrétiens sculptés. Toponymes -"Cimetières des Romains", "les Croix"- et traditions locales signalent à coup sûr l'existence d'un lieu de culte chrétien précoce, chapelle (privée probablement, et alors liée à la résidence d'un propriétaire foncier) dans laquelle ainsi qu'à son entour étaient placées des sépultures privilégiées qui bénéficiaient ainsi des prières des fidèles, comme de l'intercession que ne manqueraient pas d'apporter les corps saints des personnages vénérés, prêtres ou fondateurs , qui s'y trouvaient déjà". Les auteurs notent aussi l'évolution des cultes funéraires de cette époque ( Saint Laurent à Grenoble)
Au 15ième siècle il y a encore deux "cures" à Vaulnaveys : St Christophe et Saint Jean Baptiste. Me permettrais de remarquer que, dans l'iconographie, si Christophe porte un enfant, Jean Baptiste porte souvent un agneau, qu'il baptise dans l'eau des rivières et, comme Christophe, termine sa vie décapité ?
D'autre part qui peut me dire où situer les toponymes "Cimetières des Romains", "les Croix" cités plus haut ?

dimanche 4 janvier 2009

St Jacques St Christophe à Houdan (78)

Ceci est un voyage virtuel auquel j'ai été initié par le sculpteur Rodin qui a croqué cette église...
C'est donc dans les Yvelines, une église où je n'ai pas trouvé trace du Réprouvé à part dans le nom (elle aurait été consacrée de façon secondaire à notre saint en 1510) et dans la fête toujours vivante : le 5 juillet 2008, il y a eu au moins un concert.
En ce qui concerne St Jacques, c'est bien sûr parce que c'est sur la route de Compostelle. Y-a-t-il un pont ou un gué à Houdan ?
Une particularité de l'église est son inscription au fronton "Le peuple français reconoît l'existence de l'Être Suprême et de l'Immortalité de l'Âme". Cela date de 1790, du temps où l'église était devenue "Temple de la Raison et de l'Être Suprême". Mais je m'égare... Si un de mes nombreux lecteurs connait Houdan je serai friande de toute information complémentaire.

mercredi 10 décembre 2008

Saint Christophe en Seine et Marne (77)

Une amie m'a prêté un document rare, "Recherches sur les cultes populaires dans l'ancien diocèse de Meaux", de Roger Lecotté.. Mémoires de la Fédération Folklorique d'Île de France n°IV, 1953, Paris.

Lecteurs de Seine et Marne, si vous en savez plus, n'hésitez pas à commenter ou aller voir : je ne connais pas la région ! Les bénédictions existent-elles toujours ? Les traces du saint correspondent-elles à des points de traversées de fleuves ? Y-a-t-il des oublis ou des actualisations à apporter à cette liste ?
En effet, Roger Lecotté rassemble de façon apparemment systématique et exhaustive, toutes les paroisses, chapelles, sources, légendes, croyances, rites, cérémonies du diocèse (qui correspond au département de la Seine et Marne)
Le saint le plus fréquent n'est pas celui qui nous intéresse. Le patron de la Brie est St Fiacre mais en Brie il y a en a bien d'autres et notamment une Sainte Osmanne.
Néanmoins on y trouve concernant St Christophe
- 7 paroisses dont il est le saint patron : Villemareuil (avec St Jacques),Cocherel (avec St Jacques), Leudon en Brie (avec St Denis), La Trétoire, Aubepierre (avec St Hilaire), Chalautre-La -Reposte (avec St Jacques et St Pancrace), Guermantes (avec St Jacques)
- 4 fêtes corporatives récentes (en 1953 !) : Villemareuil le 25 juillet avec bénédiction des automobiles mais aussi des voitures d'enfants, des trottinettes, La Trétoire le 25 juillet ou dimanche suivant jusqu'en 1938, Bois le Roi, fête créée vers 1934 et toujours actuelle (en 1953 !) avec une messe chantée suivie d'une bénédiction des autos, motos, vélos, voitures, camions poids lourds, trottinettes et autos jouets et un sermon sur "la bonne conduite", Montigny sur Loing le 25 juillet ou le dimanche précédent avec bénédiction des voitures
- 3 mentions de chapelles dédiées à St Christophe : à Villevaudé (hameau de Montjay, à proximité d'un prieuré disparu de moines augustins), Chalautre la Reposte (disparue), Moussy le Neuf (dédiée également à St Jacques, hameau d'Orcheux, disparue)
- une fontaine-lavoir à Villemareuil
- le souvenir à Provins, dans l'église St Quiriace d'une "image colossale peinte sur un mur". En 1953, elle est effacée. "Cette image était l'objet d'une sorte de culte où l'on venait en procession chanter à ses pieds une prose latine dont les vers bizarres, représentaient le saint mouillant à peine ses pieds dans le fleuve à travers lequel il portait le Christ"
Dans l'article précédent Villemareuil est déjà cité en relation avec Gargantua... Y-a-t-il un rapport géographique avec la Marne (la rivière) ?
Il se confirme que St Christophe est souvent associé à St Jacques le Majeur et qu'il semble y a voir eu un renouveau du culte de St Christophe vers 1930 avec l'arrivée de l'automobile, peut-être... Cette dernière question se pose aussi pour St Christophe de Javel, à Paris.

mercredi 12 novembre 2008

Gargantua et Saint Christophe : une source

Un de mes plus précieux correspondants est M. Paul Bailly, instituteur à Nanteuil-lès-Meaux et folkloriste des plus actifs. M. Bailly m'a dit comment, selon la légende, se sont formées les hauteurs de Nanteuil : "Gargantua, venant de Champagne, puisa au méandre de la Marne, à la Plâtrière. Il tomba. Sa hotte, en se vidant, forma la hauteur Nanteuil-Saint-Fiacre-Villemareuil. En ce dernier lieu, la source devant l'église est consacrée à Saint Christophe. A Nanteuil même, la "pierre de science" (probablement menhir) a été enlevée en 1833." Dans la carte des Gaules, Meaux qui est à proximité des hauteurs indiquées, ancien chef-lieu des Meldii, était à un carrefour de routes important.

C'est un extrait de l'article d'Henri Donteville paru dans la revue L'Education Nationale N°13, le 13 juin 1949 à consulter intégralement en ligne. Il est consacré à Gargantua.

mercredi 5 novembre 2008

Un géant chez les belges

A Ath en Belgique, on peut fêter son anniversaire à la Maison des Géants, le musée des géants processionnaires qu'on ne sort qu'une fois par an pour la ducasse. La ducasse d'Ath compte aux moins trois autres géants en sus de St Christophe de Flobecq (monté sur échasses) : Goliath, la femme de Goliath et Tirant... En 2009, la ducasse aura lieu le week-end du 21 au 24 août.
A Waremme (Province de Liège), la Gilde Saint Christophe (confrérie gastronomique) propose, le 1er dimanche après Pâques, après la bénédiction des voitures une dégustation de bière St Christophe (8°) et de pâté aromatisé à la bière... J'allais oublier : il y a aussi un Saint Christophe de 2m50 (dont le costume a inspiré celui des membres de la Gilde) dans l'église paroissiale du quartier du Racour !

Un saint qui protège, guérit et transporte...

St Christophe est invoqué contre la mort subite, il suffit souvent de le regarder, ou de croiser son regard : "Regarde St Christophe et va-t-en rassuré".
St Christophe préside à la Bonne Mort: protection toute la journée pour qui a contemplé sa statue. En Anjou on lui coupait une parcelle de nez ou des oreilles. Je suppose qu'il était en bois ! Et peut-être est-ce pour cela qu'en Picardie, sa statue est placée très haut pour que, dit-on, personne ne se l'approprie ?
Saint Christophe veille sur les ponts, les gués, les entrées des églises, les dangers du voyage...
Il y a nombre de pèlerinages pour les automobilistes avec bénédictions, processions : St Christophe en Jajolet, St Christophe sur Guiers, à Erbajolo en Corse, Valencia en Espagne, il y en avait une à Javel à Paris avant que la circulation ne devienne trop difficile, dit-on ! En Picardie belge, aujourd’hui son culte a repris vigueur auprès des automobilistes qui placent sa médaille dans leur voiture et qui vont en pèlerinage par exemple à Celles, Tertre ou Wasmes-Briffoeil (deuxième dimanche de juin)
Saint Christophe serait efficace pour la conversion des "infidèles" et des juifs. J'avoue ne pas trouver cela très utile.
En ce qui concerne les enfants,les maladies et les phénomènes naturels, il y a de nombreuses croyances :
Il existe un pèlerinage pour les enfants épileptiques à Lay St Christophe (8 km de Nancy)
L'église de Chissey sur Loue : Bâtie fin XIIème siècle et au XIIIème siècle puis transformée aux XV et XVIIIème siècles a une particularité : sa corniche intérieure ornée de moulures, de feuillages et de têtes humaines au faciès pathologique appelées "Babouins". Ceux-ci représentent les malades mentaux que l'on amenait chaque année, lors du pèlerinage de Saint Christophe, patron des voyageurs et des traverseurs, afin qu'il les fasse revenir de leur monde au nôtre. Visite libre tous les jours de 9 H à 20 H en été et de 9 H à 18 H en hiver.
Il est invoqué contre la peste, la toux et l'asthme (fontaine miraculeuse à Constantinople au 9ième siècle), les épidémies, contre les tempêtes, le feu.
A St Christaud, dans le Gers, au nord de l'église St Christophe, dans le bas fond en bas du château se trouve la fontaine St Christophe, réputée soigner les croûtes laiteuses des enfants ,"las cristalhos".
Dans le Piémont,on vient le voir pour les enfants qui ne marchent pas ou dont la croissance est retardée.
En Picardie, il est invoqué contre les coliques, les douleurs de l’enfantement et les maux d’entrailles des enfants, toutes affections qui concernent « le passage », mais aussi la grêle, les orages, les maux de dents et la « male mort »
Depuis quelques années les processions (3 fois le tour de la chapelle St Christophe) ont repris à Lorient. On y amène les enfants qui ont besoin de "force".
A St Christophe Le Jajolet, ceux qui ont érigé la statue à l'extérieur de l'église, l'ont fait pour avoir été protégés du choléra.
A Accous (Béarn), il y avait trois fontaines guérisseuses pour toutes sortes de maladies...

Cofradia de San Cristobal de Valencia

Pour vous donner envie d'aller sur le site (en français, anglais, espagnol , il suffit de cliquer sur le titre de l'article) de la Confrérie de San Cristobal à Valence où j'ai trouvé les quelques photos de cet article et découvert que là bas, ils fêtent deux fois le saint...
Les dates et le programme des fêtes de 2009 sont déjà fixés :
- jeudi 18 juin, le "jour des cannes", bénédictions de cannes...
- vendredi 10 juillet, messe, concentration de véhicules anciens, processions, sorties du saint, bénédictions des automobiles, pétards, etc.


mardi 28 octobre 2008

Eglise Saint Jacques Saint Christophe à Hurtières (38)


Hurtières, sur le balcon de Belledonne est une commune de 60 habitants. En face la Chartreuse, sauf par temps de brouillard !
L'église est dédiée à St Jacques et St Christophe. Pour le compagnonnage avec St Jacques voir les chapelles de Pâquiers et des Faures en Isère, ainsi que l'église de du quartier de la Villette à Paris.
Devant la mairie,un panneau touristique dit que l'église d'Hurtières était sur un des chemins de Compostelle ?
Pour visiter l'église il a suffit que j'appelle la mairie et fort aimablement ils me l'ont ouverte et éclairée... Merci !
Mais dans cette toute petite église entourée par le cimetière
et, où par ailleurs il y a tout ce qu'il faut (chaire du 17ième, autels en faux marbre, jolis bouquets de monnaies du pape,plafond en lambris peints inscrit aux Monuments historiques, tribune, chemin de croix, etc...) pas trace de Saint Christophe... Par contre d'autres saints portent un enfant : Saint Joseph et St Antoine de Padoue.
Le ruisseau qui coule en dessous s'appelle le ruisseau d'Hurtières. Les chemins invitent à la balade, quand il ne pleuvra plus...

dimanche 28 septembre 2008

Saint Jacques Saint Christophe et le pont de Crimée à Paris


C'est un soir de septembre doux et lumineux. Dehors, le Saint Christophe (du 19ième siècle, à droite de la porte : cliquez pour agrandir) ne ressemble pas à ce qu'on rencontre habituellement, peut-être parce qu'il manque des morceaux, à moins que le sculpteur, Dantan l'aîné, n'ait préféré représenter le converti qui prêche la bonne parole ? Sous la statue l'alpha et l'oméga.
L'église est de 1844. Des remaniements ont eu lieu en 1930. Elle en remplace une plus ancienne, dédiée aux mêmes saints, sur la route de Compostelle et sur l'ancienne voie romaine...
Le compagnonnage du Réprouvé avec Saint Jacques, que j'ai déjà rencontré dans l'Isère (chapelle de Paquiers en Trièves et des Faures en Valjouffrey), je l'expliquerais bien parce qu'ils sont les protecteurs des voyageurs, notamment par rapport à l'élément liquide.
L'église est ouverte et il y a quelqu'un à l'accueil...
Et le Réprouvé est bien là : vitrail, fresque, et une jolie statue en bois peinte:

Quand je sors de l'église, je découvre à deux pas une autre merveille : le pont-levant qui date de 1808 et traverse le canal de l'Ourcq. Il fonctionne toujours. Il y a même la guérite du passeur !
De l'autre côté du pont un homme, sur son vélo, prie en regardant l'église, un pompier passe au petit trot chargé d'un gros sac de pains, les collégiens se chahutent, le pont se soulève pour les péniches, les piétons et les vélos ont la priorité... Il y a même un bar chic qui a pris le nom du saint mais à l'anglaise...
Une balade que je vous recommande chaudement...


On peut aussi aller voir le très joli reportage dessiné de Adjim Danngar sur sa visite de l'église en octobre 2007.

samedi 27 septembre 2008

St Christophe de Javel, 23 septembre 2008

Une église de brique et de ciment juste en face de l'Imprimerie Nationale à Paris. Il y a des croques morts devant l'église, ça veut dire que c'est ouvert... J'entre : effectivement c'est un enterrement avec peu de monde dans une immense église pleine de couleurs et de musique : de l'orgue accompagne une magnifique voix de chanteuse ...
A l'entrée un Saint Christophe de marbre blanc m'accueille.L'église est tapissée des 2 côtés par des fresques immenses et légendées, comme une bande dessinée ou une fresque du Moyen-âge, qui racontent la vie de St Christophe. L'artiste signe Jacques Martin Ferrières et il a travaillé directement sur le béton avec de la cire. L'oeuvre est monumentale, pleine de détails...
Sur le côté droit, le texte dit ceci (chaque paragraphe correspond à une image) :
Fier de sa force, le géant Reprobus décide de la mettre au service de l'être le plus puissant du monde. Mais un jour, le Prince qu'il servait se troublant au seul nom de Satan prononcé par des musiciens, Reprobus rend ses armes et dit Satan sera mon maître.
Reprobus abandonne Satan vaincu par la Croix du Christ.
Un ermite révèle au bon géant la religion du Christ et l'envoie aider les voyageurs à passer un torrent.
Une nuit un petit enfant hèle le passeur. Le bon géant porte avec aisance son précieux fardeau quand soudain ses forces le trahissent sous le poids prodigieux de l'enfant et sous la poussée des eaux démesurément grossies.L'enfant Dieu dissipe par son sourire l'angoisse du bon géant : on t'appelait le Réprouvé, je te baptise Christophe car tu as porté le Christ qui supporte le poids du monde.
La suite de l'histoire sur tout le mur de gauche raconte Christophe, converti, prêcheur et martyr jusqu'à l'ascension de sa tête décapitée vers le ciel... Le genre d'histoire qui ne m'intéresse pas beaucoup.
L'église date de 1930. Elle a été construite dans un quartier déshérité, un quartier populaire en bord de Seine, célèbre pour ses sablières et ses usines chimiques. La volonté des religieux et de l'architecte était de construire avec des moyens modernes (c'est le tout début du béton armé) une cathédrale à moindre prix (parce que préfabriquée dans des ateliers chauffés l'hiver pour limiter le chômage des maçons et permettre aux moins qualifiés d'avoir du travail)mais qui donne envie d'entrer.
Au dessus du choeur une autre peinture de St Christophe entourée d'étoiles. Je lirai plus tard que les étoiles étaient "vendues" pour payer les travaux : tous les enfants voulaient avoir "leur" étoile près de St Christophe ! Autour du saint, il y a, parait-il, représentés toutes sortes de transports contemporains, même une ... skieuse. La lumière n'était pas assez bonne pour que je les vois...
La célébration est finie, je fais quelques photos, heureusement car le prêtre commence à éteindre les lumières. Il me dit qu'il est pressé mais il réussi à me vendre une petite brochure très intéressante sur l'église et sa construction !
En sortant je découvre l'inscription au dessus de la porte et le Saint Christophe de 8 m 50 qui surplombe l'entrée.

Faites un détour par cette église : il y a d'autres Christophe cachés dans tous les coins : vitraux, horaires des messes, fresques extérieures ou le saint accompagne des coureurs automobiles...
Juste à côté étaient les usines Citroën. Jusqu'en 1960, il y avait une bénédiction des voitures mais, bouchons aidant, il a été abandonné. En 2009, la Saint Christophe sera fêtée le 20 juin !
A deux ou trois cent mètres, sous le Pont Mirabeau, coule la Seine... Et voguent encore des péniches emplies de ciment. ... " Fluctuat nec mergitur", c'est la devise qui est inscrite sur les Ponts de Paris et notamment le Pont Mirabeau. Ce n'est pas que de la littérature. La corporation qui a "fondé" la ville était celle des bateliers.