... Les moines, sachant que le Christ apparaissait à Païssios, le prièrent d'intercéder pour eux afin qu'eux aussi reçoivent la grâce de le voir. Et le Christ lui promit qu'il se ferait voir tel jour en tel lieu. Sachant cela, les moines s'empressaient au jour fixé de se rendre en ce lieu. Un vieux moine infirme ne parvenant pas à courir avec eux, restait sur le bord du chemin, et tous le dépassaient sans se soucier de lui. Le voyant, Païssios eut pitié de lui et le prit allègrement sur son dos. Mais peu à peu le poids du vieillard augmentait et Païssios reconnaissant que c'était le Christ, lui dit : "Le ciel ne peut te contenir et la terre tremble devant ta majesté. Comment donc un pécheur comme moi pourrait-il te porter ?" Et le Christ lui sourit en disant : "Parce que tu m'as porté, mon bien-aimé Païssios, ton corps ne verra pas de corruption". Apprenant cela, les moines furent attristés et se repentirent de n'avoir pas aidé ce vieillard infirme.
Le jour où la conteuse que je suis a rencontré Saint Christophe dans La Légende Dorée de Jacques de Voragine, elle s'est retrouvée sur les traces d'un géant "de plus en plus fort" qui aboie, passe les rivières, et finit par porter un fardeau si lourd qu'il manque de se noyer...
jeudi 27 avril 2017
Païssios, le moine copte, porte un vieillard qui s'alourdit...
dimanche 4 janvier 2015
Le Fardeau de Saint Christophe
Le gaillard devait effectivement être rudement costaud car la pierre pèse une bonne dizaine de tonnes.
Elle mesure 6 m de haut et elle a été brisée...
Merci à notre correspondant du Grand Est qui se reconnaitra !
samedi 13 mars 2010
Saint Christophe au risque des galipotes, un article de Jean Loïc Le Quellec
Jean Loïc Le Quellec considère que l'épisode de la Légende de Saint Christophe où celui-ci porte un enfant qui s'alourdit ne s'est rattaché à la légende qu'au XIIième ou XIIIième siècle en reprenant des motifs éminemment populaires :
- le Bon Pasteur criophore (c'est à dire qui porte un mouton sur ses épaules), vainqueur de la mort et sauveur des âmes dont l'image est apparue sur les tombes chrétiennes dès le Ier siècle. L'auteur rappelle que Hermès lui aussi est parfois représenté portant un bélier... Cette représentation du Christ disparait ensuite du IVième siècle jusqu'à la Renaissance sauf...
- en Auvergne et en Charente, où dans une douzaine d'églises on peut retrouver des représentations (chapiteaux sculptés) où des personnages soufflant, tirant la langue portent sur leur dos des bêtes à laine aux dimensions disproportionnées sous lesquelles ils semblent obligés de plier les genoux. Les animaux y sont menaçants et Jean Loïc Le Quellec y voit l'animal merveilleux appelé "drac" en Auvergne, "drac" ou "draquet" dans les Pyrénées centrales et orientales, et "galipotes" ou "ganipotes" en Poitou-Saintonge...
Sur le thème folklorique de "l'être porté", Le Quellec semble considérer que ce motif est abondant dans un croissant qui va des Pyrénées jusqu'au pays flamands, en passant par le Centre, voir le Centre Ouest de la France...
Je pense que la collecte de Charles Joisten a du lui échapper en ce qui concerne les Alpes Françaises, et notamment le Dauphiné, où les attestations sont nombreuses et contemporaines : des êtres apparemment fragiles (agneaux, chats, oiseaux, bébés...), "ramassées" de nuit s'alourdissent, et se révèlent être le diable. On m'en a encore raconté, personnellement, une en l'an 2000 : le chat roux de Chateauroux à Sainte Agnès (38). A ce sujet, vous pouvez aller voir dans ce blog tous les articles libellés avec le mot fardeau... Et notamment tous ceux qui se réfèrent à la collecte de Charles Joisten sur les Êtres Fantastiques dans les Alpes.
... Petite remarque amusante : à Grenoble, le Drac se jette dans l'Isère... C'est son principal affluent.
Mais, trêve de bavardages, voici ce que racontent, d'après Jean Loïc Le Quellec, les récits poitevins (résumés) :
- La nuit, au voisinage des rivières ou des points d'eau, un promeneur, par exemple un jeune homme revenant de visiter sa "galande", rencontre un mouton ou une chèvre qui lui saute sur le dos. Il lui est impossible de se défaire de l'apparition qui pèse de plus en plus lourd et l'épuise... L'auteur de l'article précise que, comme en Catalogne, la rencontre d'une galipote est la plupart du temps fatale à son porteur et que, lorsque cet être disparait, il pousse un ricanement sinistre.
- Vers 1885, un vigneron de Saint Thomas de Connac rentrait chez lui à la nuit close. Il avait fort bien mangé et bu davantage. Comme il s'engageait sur "le Pont de la Pierre", une ganipote surgit à ses côtés et lui pris le bras. Très effrayé, il se débat, hurle, rien à faire. A l'approche des maisons elle desserre son étreinte, se change en agneau, puis... "il n'y eu bientôt sur la route qu'un tout petit enfant qui s'éloignait en pleurant".
Peut-on rapprocher ce dernier récit du bébé trouvé par une femme et qui s'alourdit (Joisten) voir de la jolie légende japonaise du Samouraï qui se retrouve aider à la naissance d'un bébé ?
Il y a aussi tout un chapitre sur les oiseaux nommés roitelets, "rois du monde" minuscules mais au poids énorme dit-on en France et Catalogne, ce qui a donné lieu à des rituels de transports de l'animal dans des charrettes tirées par quatre à huit, voir vingt-quatre boeufs...
Mais pourquoi le motif de la traversée du fleuve serait-il associé à celui du fardeau qui s'alourdit ? Jean Loïc le Quellec cite alors Henri Fromage (" Le thème folklorique de l'être porté", Tradition Wallone, 1993) qui, dit-il , aurait montré que les récits de galipote portent certainement le souvenir "laïcisé" d'un ancien rituel de portage, ou l'être porté est une femme-oiseau surnaturelle qui impose cette épreuve à un mortel qui finit par succomber sous la charge...
Bien sûr cela me fait penser à la peste qui se fait porter dans un récit breton de Anatole Le Braz.
Cliquez sur les liens (et les libellés) : il y en a décidément dans tous les sens...
Je pense n'avoir pas épuisé le contenu de l'article. Par exemple, les reproductions des sculptures sur les chapiteaux par l'auteur sont superbes. Allez-y voir vous même !
Merci, Monsieur Le Quellec.
samedi 27 juin 2009
Les planches courbes, poème en prose de Yves Bonnefoy
Non, vous n'aurez pas l'intégrale du texte en ligne mais franchement on peut trouver le livre très facilement et pour pas cher...
Mais oui, voici ce qu'il me semble raconter :
Un géant est debout dans une barque au bord d'un fleuve la nuit. Un enfant apparaît porteur d'une pièce de cuivre, l'enfant veut traverser la rivière. Le géant lui demande son nom. L'enfant ne sait pas répondre. Il ne sait pas non plus ce qu'est un père ou une mère. Le géant vient le chercher sur la rive et le porte dans sa barque. Il pousse la barque au large. L'enfant demande au géant d'être son père. Le géant refuse et la barque commence à s'enfoncer dans l'eau, le géant toujours tenant l'enfant se met à nager "dans un espace sans fin", ce que j'interprète comme la mort ou en tout cas un autre monde...En ce qui concerne le récit, le lien avec notre sujet (St Christophe) est clair même si certains enchaînements sont inversés : le passeur questionne l'enfant avant de l'embarquer, le passeur est un géant, le passeur porte l'enfant sur ses épaules, l'eau monte et met leur vie en jeu...
Mais après relecture de "La légende de Saint Julien l'hospitalier" de Flaubert, et de St Julien le pauvre de Jacques de Voragine, la parenté avec Julien devient évidente, elle aussi, notamment en ce qui concerne la barque et la boue. Si c'est une personne adulte que Julien aide, c'est aussi une personne qui a toutes les apparences de la faiblesse. Et le voyage se termine également par ce qui me semble une mort extatique.
La présence de Charon, le passeur des morts, est sous-jacente dans la pièce de cuivre que l'enfant a apporté pour payer son voyage.
Dans les autres poèmes du recueil, dont les sujets sont, à première vue, différents, les micros motifs que l'ont peut rattacher à ces deux légendes hagiographiques et au conte de Flaubert sont extrêmement nombreux : le fleuve, la boue, la barque, le creux de la barque, la courbe des planches, le rivage, la lampe qui guide, la pauvreté du passeur, la nuit, les corps qui se touchent, il y a même un lépreux...
Et aussi cette belle image dans "Le leurre des mots" :
A la poupe est le nautonier plus grand que le monde...L'auteur d'un blog (Noël Pecout ?) m'a envoyé l'adresse d'un article sur ce poème . L'intitulé de l'article est assez joli : "Fleuves de boue, fleuve d'étoiles, barque et vieux haillons. Rêverie sur un sujet légendaire, souvent traité par la peinture et la sculpture, la légende de Saint Christophe..."
Un autre article peut aussi se lire en ligne mais si vous cherchez Yves Bonnefoy ou "Les planches courbes", sur un moteur de recherche vous trouverez peut-être même la vidéo où le poète parle de son travail (je n'ai pas réussi à la visualiser)
Yves Bonnefoy est un auteur bien vivant, que je remercie d'avoir remis au jour (inventé) ces trésors légendaires qui, décidément collent au corps et à la littérature.
vendredi 26 juin 2009
Deux contes Gascons où l'on porte Saint Pierre de l'autre côté de l'eau
... Enfin la nuit de Noël arriva. Il glaçait, et la lune brillait sur la campagne blanche de neige. Le fils du roi se disait : "le temps marqué par les sept lézards est venu. Marche, marche toujours, jusqu'à ce que tu saches où trouver l'épée de Saint Pierre." À minuit il s’arrêta tout proche d’une rivière. Au bord de l’eau grelottait un vieux pauvre à barbe grise. “Bonsoir, pauvre. Mauvais temps pour voyager. Tu grelottes. Tiens : bois un coup, à ma gourde, cela te réchauffera.”
Le vieux pauvre but un coup à la gourde, et ne grelotta plus. “Merci mon ami. Maintenant porte-moi de l’autre côté de l’eau. – Avec plaisir, pauvre. Monte sur mon dos et tiens-toi ferme. Jésus ! Tu ne pèses pas plus qu’une plume. – Patience, je pèserai davantage au milieu de l’eau. – C’est vrai. Jésus ! Tu m’écrases ! – Patience, sur l’autre bord je ne pèserai pas plus qu’une plume. – C’est vrai. Tiens, pauvre, te voilà passé. Bois encore un coup à ma gourde et que le bon Dieu te conduise !
– Jeune homme, je ne suis pas un pauvre, je suis saint Pierre. Jeune homme, tu m’as fait un grand service. Je te paierai selon mon pouvoir…”
La saison à laquelle se passe cet épisode me fait penser à la légende du Roi Hérode qui traverse l'Ain par une nuit glaciale de janvier, celle de l'Epiphanie.
Dans un autre conte recueilli également par Jean François Bladé en Gascogne, la belle Madeleine rencontre trois vieux pauvres au bord d’une rivière, elle les passe sur son dos. Puis les trois vieux pauvres se trouvent être saint Jean, saint Pierre et le bon Dieu. Ils promettent à la belle Madeleine de récompenser sa charité.
lundi 7 juillet 2008
Le bébé qui s'alourdit
Une femme de Corps qui revenait de la Salette à la tombée de la nuit, trouve un petit bébé qui pleurait au bord du chemin. Alors, la bonne femme il le prend, il le met dans son tablier et en cours de route, il trouvait qu'en marchant le bébé il devenait bien lourd. Elle à ce moment, lui a dit :Recueilli à Beaufin (38) en 1959. Bien sûr, ça vient de la collecte de Charles Joisten mais ça m'avait échappé ! Un comble. A comparer à la légende du samouraï... et aux autres légendes où le fardeau qui s'alourdit est un animal.
- Tu es bien lourd !
Et puis le petit lui a répondu:
-C'est le diable que tu portes !
Elle l'a posé sur le bord du chemin et ça a disparu tout d'un coup, comme ça, vé!
Pour ceux qui ne sont ni dauphinois, ni très catholiques, La Salette est un sanctuaire marial que l'on visite depuis la Pologne, au moins...
samedi 31 mai 2008
Heracles, Cerbère, Charon, Hermes : proximités grecques
Claude Mellan, 16ième siècle.
La onzième ou la douzième tâche que Heracles eut à réaliser était d'aller chercher les pommes d'or des Hespérides, là où disparait le soleil. Heracles partit vers l'occident... Après moult péripéties il atteignit les portes d'or de leur jardin. Le jardin était gardé par un dragon de feu. Juste à côté se trouvait Atlas, le père des Hespérides que Zeus avait condamné à soutenir de la tête et des mains la voûte du ciel (d'autre disent que c'était la terre).
Hercule lui demande de l'aide. Atlas propose, si Hercule le remplace un moment , d'aller lui même chercher les pommes d'or. Hercule accepte et prend la voûte du ciel sur son dos. Atlas ramène les pommes d'or et propose de les ramener lui même. Hercule lui dit "d'accord mais remplace moi juste un instant le temps de me faire un bourrelet avec ma peau de lion pour soulager ma tête et amortir le poids du fardeau". Atlas reprend alors sa charge sans savoir que c'est pour l'éternité...
La dernière épreuve qu'Héraclès eut à accomplir fut de descendre aux enfers chercher le chien Cerbère qui garde la porte des enfers, empêchant les vivants d'y entrer et les morts d'en sortir...
"Quand les Ombres descendent au Tartare, dont l'entrée principale se trouve près d'un petit bois de peupliers noirs près de la mer, chacune d'elle est munie d'une pièce de monnaie que ses parents ont pieusement placée sous la langue du cadavre; Ainsi sont ils en mesure de payer l'avare Charon qui leur fait passer le Styx dans une barque délabrée... Les Ombres sans argent sont vouées à attendre éternellement sur la rive à moins qu'échappant à Hermès leur guide, elles ne parviennent à se faufiler en rampant par une issue de derrière comme à Ténaos en Laconie ou Aornos en Thesprotie.
Un chien à trois tête , ou selon certains à cinquante têtes, nommé Cerbère, garde la rive opposée du Styx prêt à dévorer les vivants qui essaieraient d'entre ou les Ombres qui tenteraient de fuir" (in les mythes grecs de Robert Graves)
jeudi 1 mai 2008
Le samouraï et le bébé
En voici mon propre résumé :
C'est un samouraï qui va prendre son tour de garde de minuit à l'aube. Au dernier lacet du chemin, il distingue une femme et son bébé. Normalement à cette heure et en ce lieu, il ne doit pas y avoir de femme. La femme l'appelle par son nom et lui confie le bébé : un nouveau né minuscule de 7 à 8 livres. Il le prend malgré sa perplexité. Soudain le bébé semble avoir grossi. Il n'a pas grossi, "c'est plus lourd qu'il devient". 50, 100, 600 livres... Sur le point de flancher le samouraï murmure une prière boudhique : Namu Amida Butsu. A la 3 ième invocation l'enfant a disparu. La femme réapparait : elle remercie, elle est la déesse patronne du bourg. Une de ses paroissiennes avait un accouchement difficile, "les portes de la naissance étaient closes", par ses invocations il les a "décloses". En remerciement elle lui fait don d'une force exceptionnelle. Rentré au village il apprend que cette nuit là "un enfant était péniblement né".
mercredi 30 avril 2008
La chasse du Roi Hérode traverse l'Ain
Voici un document que m'avait communiqué André Julliard pour la création d'une bande son pour le Musée Escale Haut Rhône .
Il y a bien quatre-vingts ans que Cafi était pontonnier et le plus intéressant narrateur de Condes. Une nuit qu’il était couché, il est réveillé par les cris : « A la barque, à la barque ! ». La nuit était froide ; on était à la veille de la Fête des Rois, c’est-à-dire précisément au cœur de l’hiver. Il en coûtait au Cafi de se lever ; il aurait volontiers envoyé au Diable l’importun voyageur. Un sentiment d’humanité le rappelle bien vite à son devoir ; il s’habille à la hâte, court à la nacelle et traverse la rivière. Là, se trouvait un grand monsieur, couvert d’un grand chapeau, armé d’un grand fusil, suivi d’une grande meute. Le personnage entre dans le bateau, il y est suivi de ses chiens, qui chargent d’un poids énorme le frêle esquif. Ces quadrupèdes l’avaient déjà tout couvert, qu’il en sautait, sautait, sautait encore, sautait toujours, tant et si bien qu’ils passaient trois cents.
En mettant pied à terre, le généreux passager, désirant récompenser dignement le zèle et le bon cœur du pontonnier, lui remplit la main de pièces d’or. Mais quand l’honnête Cafi, de retour à sa maisonnette, voulut compter les louis qu’il avait reçus, il ne trouva plus dans son gousset que des feuilles de buis ! Il se souvint alors que c’était la veille des Rois et vit bien qu’il venait d’avoir affaire à ce réprouvé d’Hérode.
dimanche 20 avril 2008
Le fardeau qui s'alourdit
Dans la classification internationale des motifs narratifs (index) ça s'appelle
"Devil becomes heavier and heavier" sous le n° G 303 3 5 3
Je n'ai rien inventé : c'est tout écrit dans le livre "Êtres fantastiques, patrimoine narratif de l'Isère". Dans ce livre qui est le recueil des récits de croyance collectés par Charles Joisten dans le département d e l'Isère de 1950 à 1975, on ne trouve pas moins de 39 variantes autour de cette histoire.
J'en ai choisi quelques unes, dont celles qui sont situés dans des communes de St Christophe : la coïncidence est amusante, n'est ce pas ! Mais il y a une ou plusieurs variantes dans chacun des village que j'ai habité... et qui ne s'appelaient pas St Christophe.
A St Christophe en Oisans, c'est l'agneau qui se fait porter et qui s'alourdit.
"Mon grand père maternel, un nommé T. de St Christophe, revenait un soir du Bourg d'Oisans et, en passant aux Fontaines Bénites, il a trouvé sur la route un agneau qui portait la marque de sa famille. Croyant que l'agneau lui appartenait et qu'il s'était égaré, il l'a pris sur ses épaules. Mais à mesure qu'il approchait de la croix du Blanchet (ou du Comptoir), l'agneau devenait plus lourd. En arrivant à la Croix il l'a posé, et l'agneau a disparu. Chez lui , il ne manquait aucune bête au troupeau. Il a pensé que c'était la Mauvaise Part, le diable." Juin 1962.
A St Christophe sur Guiers :
"Un homme de St Christophe revenait de la foire d'Entre-deux-Guiers. Sur la route, il trouve un agneau et il l'a pris. Mais en arrivant chez lui, il était si lourd qu'il ne pouvait plus le porter. Alors il l'a mis par terre et il a dit :
- Bon Dieu ! C'est le diable !
Le diable lui a répondu :
- Bien sûr que je suis le diable ! ". Avril 1960.
Et puis en voici deux de Séchilienne, le petit chat noir qui se fait porter et s'alourdit :
"Un homme des Thiébauds revenait une nuit du marché de Vizille. Arrivé au lieu dit la Menière après les Rivoirands, il a trouvé un joli petit chat noir. Il l'a ramassé et plus il montait, plus le chat devenait lourd. Arrivé au Clos de la Chèvre, l'animal lui a dit :
- Rapporte moi où tu m'as pris ou tu meurs cette nuit !
Il l'a déposé par terre et il est rentré chez lui; mais dans la nuit, il est mort de frayeur. C'était le foulaton, le diable."Août 1959
" Une femme de la Bathie qui revenait du marché, à Vizille, avait trouvé un joli chat noir, après les Rivoirands, dans le chemin. Elle l'avait pris et à mesure qu'il montait, le chat devenait lourd. Et des pierres grosses comme le bras tombaient autour d'elle. Elle avait dû rapporter le chat où elle l'avait pris; c'était le foulaton". Août 1959
Merci à Alice Joisten qui m'a mise sur la piste !
lundi 14 avril 2008
St Christophe dans la Légende Dorée
Voici le texte intégral, traduit du latin, du texte de Jacques de Voragine concernant la première partie de la vie du Réprouvé, jusqu'à ce qu'il change de nom... Merci aux Bénédictins qui l'ont numérisé... C'est un peu long mais c'est la source essentielle.
"Christophe, avant son baptême, se nommait Réprouvé, mais dans la suite il fut appelé Christophe, comme si on disait : qui porte le Christ, parce qu'il porta le Christ en quatre manières: sur ses épaules, pour le faire passer; dans son corps, par la macération; dans son coeur, par la dévotion et sur les lèvres, parla confession ou prédication.
Christophe était Chananéen; il avait une taille gigantesque, un aspect terrible, et douze coudées de haut: D'après ce qu'on lit eu ses actes, un jour qu'il se trouvait auprès d'un roi desChananéens, il lui vint à l’esprit de. chercher, quel était le plus grand prince du monde, et de demeurer près de lui. Il se présenta chez un roi très puissant qui avait partout la réputation de (284 )n'avoir point d'égal en grandeur. Ce roi en le voyant l’accueillit avec bonté et le fit rester à sa cour. Or, un jour, un jongleur chantait en présence du roi une chanson oit revenait souvent le nom du diable ; le roi, qui était chrétien, chaque fois qu'il entendait prononcer le nom de quelque diable, faisait de suite le signe de croix sur. sa figure. Christophe, qui remarqua cela, était fort étonné de cette action, et de ce que signifiait un pareil acte. Il interrogea le roi à ce sujet et celui-ci ne voulant pas le lui découvrir, Christophe ajouta : « Si vous ne me le dites, je ne resterai pas plus longtemps avec vous. » C'est pourquoi le roi fut contraint de lui dire : « Je me munis de ce signe, quelque diable que j'entende nommer, dans la crainte qu'il ne prenne pouvoir sur moi et ne me nuise. » Christophe lui répondit : « Si vous craignez que le diable ne vous nuise, il est évidemment plus grand et plus puissant que vous ; la preuve en est que vous en avez une terrible frayeur. Je suis donc bien déçu dans mon attente ; je pensais avoir trouvé le, plus grand et le plus puissant seigneur du monde ; mais maintenant je vous fais mes adieux, car je veux chercher le diable lui-même, afin de le prendre pour mon maître et devenir son serviteur. » Il quitta ce roi et se mit en devoir de chercher le diable. Or, comme il marchait au milieu d'un désert, il vit une grande multitude de soldats, dont l’un, à l’aspect féroce et terrible, vint vers lui et lui demanda où il allait. Christophe lui répondit: «Je vais chercher le seigneur diable, afin de le prendre pour maître et seigneur. » Celui-ci lui dit: « Je suis celui que tu cherches. » Christophe tout réjoui s'engagea pour être son (285) serviteur à toujours et le prit pour son seigneur. Or, comme ils marchaient ensemble, ils rencontrèrent une croix élevée sur un chemin public. Aussitôt que le diable eut aperçu cette croix, il fut effrayé, prit la fuite et, quittant le chemin, il conduisit Christophe à travers un terrain à l’écart et raboteux, ensuite il le ramena sur la route. Christophe émerveillé de voir cela lui demanda pourquoi il avait manifesté tant de crainte, lorsqu'il quitta la voie ordinaire, pour faire un détour, et le ramener ensuite dans le chemin: Le diable ne voulant absolument pas lui en donner le motif, Christophe dit : « Si vous ne me l’indiquez, je vous quitte à l’instant. » Le diable fut forcé de lui dire : « Un homme qui s'appelle Christ fut attaché à la croix; dès que j e vois l’image de sa croix, j'entre dans une grande peur, et m’enfuis effrayé. » Christophe lui dit : « Donc ce Christ est plus grand et plus puissant que toi, puisque tu as une si brande frayeur en voyant l’image de sa croix? J'ai donc travaillé en vain, et n'ai pas encore trouvé le plus grand prince- du monde. Adieu maintenant, je veux te quitter et chercher ce Christ. »
Il chercha longtemps quelqu'un qui lui donnât des renseignements sur le Christ; enfin il rencontra un ermite qui lui prêcha J.-C. et qui l’instruisit soigneusement de la foi. L'ermite dit à Christophe : « Ce roi que tu désires servir réclame cette soumission : c'est qu'il te faudra jeûner souvent.» Christophe lui répondit : « Qu'il me demande autre chose, parce qu'il m’est absolument impossible de faire cela. » « Il te faudra encore, reprend l’ermite, lui adresser des prières. » « Je ne sais ce que s'est, répondit Christophe, et je ne (286) puis me soumettre à cette exigence.» L'ermite lui dit: « Connais-tu tel fleuve où bien des passants sont en péril de perdre la vie? » « Oui, dit Christophe. L'ermite reprit: « Comme tu as une haute stature et que tu es fort robuste, si tu restais auprès de ce fleuve, et si tu passais tous ceux qui surviennent, tu ferais quelque chose de très agréable au roi J.-C. que tu désires servir, et j'espère qu'il se manifesterait à toi en ce lieu. » Christophe lui dit ; « Oui, je puis bien remplir cet office, et je promets que je m’en acquitterai pour lui. » Il alla donc au fleuve dont il était question, et s'y construisit un petit logement. Il portait à la main au lieu de bâton une perche avec laquelle il se maintenait dans l’eau ; et il passait. sans relâche tous les voyageurs. Bien des jours s'étaient écoulés, quand, une fois qu'il se reposait dans sa petite maison, il entendit la voix d'un petit enfant qui l’appelait en disant: « Christophe, viens dehors et passe-moi. » Christophe se leva de suite, mais ne trouva personne. Rentré chez soi, il entendit la même voix qui l’appelait. Il courut de,lors de nouveau et ne trouva personne. Une troisième fois il fut appelé comme auparavant, sortit et trouva sur la rive du fleuve un enfant qui le pria instamment de le passer. Christophe leva donc l’enfant sur ses épaules, prit son bâton et entra dans le fleuve pour le traverser. Et voici que l’eau du fleuve se gonflait peu à peu, l’enfant lui pesait comme une masse de plomb ; il avançait, et l’eau gonflait toujours, l’enfant écrasait de plus en plus les épaules de Christophe d'un poids intolérable, de sorte que celui-ci se trouvait dans de grandes angoisses et, craignait de périr. (287) Il échappa à grand peine. Quand il eut franchi la rivière, il déposa l’enfant sur la rive et lui dit : Enfant, tu m’as exposé à un grand danger, et tu m’as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j'aurais eu plus lourda porter. » L'enfant lui répondit : « Ne t'en étonne pas, Christophe, tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, , auquel tu as en cela rendu service; et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis ta petite maison, et le matin tu verras qu'il a. fleuri et porté des fruits, » A l’instant il disparut. En arrivant, Christophe ficha. donc son bâton en terre, et quand il se leva le matin, il trouva que sa perche avait poussé des feuilles, et des dattes comme un palmier."
La Légende dorée , nouvellement traduite en français, avec introduction, notes et notices sur les sources de L'ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens
ÉDOUARD ROUVEYRE, PARIS MDCCCCII
© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais en la fête de la chaire de Saint Pierre 22 février 2004
dimanche 13 avril 2008
Celui qui porta la peste sur les épaules
"Un vieux de Plestin, la rencontra un soir sur les bords du Douron. Elle était assise sur la berge, regardant l'eau couler. Elle venait de Lanmeur qu'elle avait dépeuplé et se rendait dans le pays de Lannion.
- Hé vieux! cria-t-elle, auriez vous l'obligeance de me prendre sur vos épaules pour me faire passer l'eau ? Je vous en récompenserais bien.
Le vieux qui ne la connaissais pas y consentit.
L'ayant chargée sur ses épaules, il entra dans la rivière. Mais, à mesure qu'il avançait, il la sentait peser sur lui d'un poids plus lourd.
A la fin, épuisé, le courant étant très fort, il dit :
- Ma foi, bonne dame, je vais vous planter là. Je ne tiens pas à me noyer pour vous.
- De grâce, ne fais pas cela. Ramène moi plutôt à l'endroit où tu m'as prise.
- Soit.
Et il rebroussa chemin, sans trop de peine, son fardeau s'allégeant à mesure qu'il se rapprochait du rivage.
Le pays de Lannion fut ainsi préservé de la peste.
Mais si le vieux avait laissé tomber la vilaine groach (fée) au beau milieu de la rivière, comme il en avait d'abord eu l'intention, le monde eût été débarassé d'elle à jamais."
Raconté par le père de Anatole Le Braz.
Quand Gargantua porte le Christ
" Ce Gargantua était si fort qu'il se tenait près d'une grande rivière et qu'il transportait les gens d'une rive à l'autre. Un jour il arrive un enfant au bord de la rivière, qui lui demande s'il pouvait le faire passer. Il répond : "Bien sûr, je te passe". Quand il l'eut sur les épaules, il le sentit tellement lourd qu'il s'arracha un arbre pour en faire un bâton (une canne). Ayant passé la rivière, il pose l'enfant et lui dit : 'Tu es bien petit, mais bien pesant - Oui je pèse, dit l'enfant parce que je porte le monde entier !" C'était le Bon Dieu."
En relisant ce récit, je suis un peu déçue que la rivière ne soit pas nommée : j'avais vu la Durance. J'imagine que si, à St Véran, Gargantua a résisté à St Christophe c'est parce qu'on est en pays catholique et protestant.
vendredi 11 avril 2008
Le Réprouvé, adaptation personnelle
Il venait d’un pays de chien, quand il parlait, il aboyait.
Il était si fort que pour se faire un bâton de marche il arrachait un arbre. On l’appelait le Réprouvé mais, il était si fort, que tout le monde le voulait à son service.
Lui, il avait décidé qu’il ne rentrerait au service que du plus puissant du monde. Il est parti à sa recherche.
Il a marché et il a trouvé une ville dont le roi était le plus puissant des rois. Il est entré à son service et il l’a servi de toute sa force, de tout son cœur et de tout son courage. Un troubadour est venu à la cour. Il a chanté et à certains mots qu’il chantait le réprouvé a vu que le roi le plus puissant des rois faisait de drôle de signes en se reculant d’un air effrayé. Le Réprouvé a interrogé le roi : tu as eu peur, non a répondu le roi. Pourquoi as tu fais ses signes ? Ah, ceux là, mais c’est pour conjurer le diable… Tu n’es pas le plus puissant et moi je veux servir le plus puissant !
Le réprouvé est parti à la recherche du diable : il était juste derrière la porte ; il est entré à son service et l’a servi de tout son cœur et de tout son courage. Un jour qu’il le suivait sur une large route bien commode le Réprouvé a vu le diable faire un bon de côté dans les épines, et effectuer un grand détour pour revenir sur la route un peu plus loin. Tu as eu peur ? Moi, non. Pourquoi ce détour ? Ah, ça c’est à cause de la croix. Là où est la croix, il y a le Christ et je ne peux y être. Tu as eu peur, tu n’es pas le plus fort.
Le Réprouvé est parti, il a cherché le Christ. Il n’était pas derrière la porte, il a marché cherché et il a trouvé un vieil ermite qui en savait un peu plus long. L’ermite lui a dit que pour trouver, il fallait prier. J’ai servi le roi le plus puissant des rois, le diable mais je ne sais pas prier. Alors il faut jeûner. Ça je ne peux pas a dit le réprouvé. Alors, a dit l’ermite, puisque tu es fort, installe-toi près de ce fleuve et aide à faire passer les voyageurs.
Il a construit sa cabane et il a mis toute sa force son cœur et son courage pour faire passer le gué à ceux qui se présentaient.
Une nuit il a entendu une voix qui l’appelait, il est sorti n’a vu personne. La voix l’a rappelé. Il est sorti, rien. Une 3ième fois il l’a entendue et là il a vu d’où ça venait. Juste devant lui un tout petit enfant.
L’enfant a dit aide-moi à passer le fleuve. Le réprouvé s’est baissé, l’a pris sur son épaule, a saisi son bâton et s’est avancé vers le fleuve. Quand il est entré dans l’eau, tout d’un coup il a senti le poids de l’enfant, il était étonné, un si petit être. Il a continué d’avancer, l’enfant devenait lourd. L’eau montait, il s’est cramponné à son bâton, l’enfant était de plus en plus lourd, le Réprouvé vacillait sous le poids et le courant, il a cru que jamais il n’atteindrait la rive. Il est sorti de l’eau avec sur les épaules ce poids énorme. Il a déposé le petit enfant sur le sol et a dit à l’enfant : tu pèses. L’enfant a répondu : c’est sûr, je suis le Christ et c’est moi qui porte le monde. Si tu ne me crois pas, une fois rentré chez toi plante ton bâton et tu verras.
Le réprouvé a retraversé le fleuve, planté son bâton de marche. Le lendemain le bâton portait des fleurs et des fruits. C’est ce jour là que le Réprouvé a changé de nom : il est devenu Christophe, celui qui porte le Christ …
La suite de son histoire, il ne faut pas compter sur moi pour vous la raconter… Car la suite ne m'intéresse pas du moins telle que je l'ai lue dans la Légende dorée de Jacques de Voragine.
